Les rois du pétrole

(rien à voir avec les musiciens du même nom)

16 février 2009

*Crossing

Ma Marie,

Tu sais quoi ? Les tardives soirées d'hiver sont mauvaises conseillères...

Figure-toi qu'hier je naviguais un peu au hasard sur les blogs de Canalblog (en prenant cependant soin d'éviter comme la peste tous ces maudits blogs de scrap, tricot, couture, enfilage de perles et autres variétés de loisirs créatifs pour mamans trentenaires nostalgiques de l'école primaire et de ses célébrissimes colliers de nouilles de fêtes des mères) et je vois sur l'un d'eux une chatoyante vignette avec « Postcrossing » marqué dessus.

Tu connais mon intérêt pour tout ce qui est croisement, surtout si c'est délicatement leste et délicieusement contre-nature, j'ai même écrit un billet là-dessus (un billet tous publics, faut faire gaffe quand même) alors je me suis dit « Tiens ! Du Postcrossing ? Mais qu'est-ce donc ? »

Alors je clique sur le lien et j'atterris sur un site remarquablement Web 2.0.

Comment ? Qu'est-ce qu'un site Web 2.0 ? Ben c'est tout le contraire d'un site Web 0.2, ceux qu'on faisait dans le temps avec des horribles gifs animés sur fonds de pages texturées qui rappelaient les horribles papiers peints des années 70. Oui, il y a dix ans on décorait les sites web comme on n'osait plus tapisser ses murs il y a quarante ans.

Donc un site Web 2.0 c'est frais et léger comme du Jockey sorti du frigo et c'est plein de couleurs douces et acidulées comme celles des bonbons Regalad.

Il y a aussi une philosophie sous-jacente au Web 2.0 m'a dit une fois mon pote informaticien. Mon Dieu qu'il m'a fait rire ce jour-là ! L'informatique qui ferait de la philo... Bernard-Henry L. peut aller se rhabiller !

La philosophie c'est l'interaction avec l'internaute. Bon, je ne vais pas te faire un cours Marie, mais sache qu'il est question d'Ajax et de contenu utilisateur. Oui, comme quand on est devant l'évier et son contenu à récurer, si tu veux.

Alors le PostCrossing c'est un truc qui tend à se réapproprier la matérialité des échanges entre individus. Tu vois, dis comme ça, tu quittes le café du commerce et tu entres de plain-pied dans le philo-comptoir. Trois pas à faire pour retrouver les mêmes, quoi.

Mais en clair, Postcrossing Web 2.0 : tu envoies des cartes postales à des gens que tu ne connais pas (mais que le Web 2.0 connait) et quand ils les reçoivent, ces gens le disent au Web 2.0.

Et comme tu as bien envoyé tes cartes, le Web 2.0 donne alors ton adresse à d'autres gens pour qu'ils t'envoient des cartes postales à leur tour.

Et quand tu les reçois, tu le signales au Web 2.0, qui donne alors des adresses au hasard à ces gens et ainsi de suite.

Ces gens que tu ne connais pas, ils sont dans le monde entier puisque le Web 2.0 est mondial (c'est la mondialisation 3.02), alors tu reçois plein de cartes postales du monde entier.

C'est vachement chouette tu vois, tu peux te faire un mur de cartes postales et faire bisquer tes amis en disant que là c'est tous les endroits du monde que tu as visité quand tu n'étais pas chômeur et que tu avais assez de salaire, de RTT où d'actions Total pour profiter de la vie (la vie qui vaudra toujours mieux que leurs profits, tu sais bien).

C'est drôlement Trendy 1.4 le mur de cartes postales, j'en ai vu dans des films américains.



Alors je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? » Et je me suis inscrit !

Et j'ai demandé quelques adresses où envoyer des cartes postales !

(oui, parce que le Web 2.0 respecte la vie privée des gens et ne pioche pas les adresses au hasard dans l'annuaire mais au hasard parmi les gens qui sont volontaires pour jouer le jeu)

J'ai donc eu cinq adresses !

J'étais donc en attente d'envoyer mes cartes !

Et c'est là que j'ai commencé à réfléchir...

D'abord je suis allé exhumer un stock de cartes postales obtenues gratuitement à un salon où standait une obscure officine régionale de promotion touristique. Je les avais eues en faisant du gringue à l'exposante et en profitant de sa méconnaissance totale des rouages administratifs, qui régissaient pourtant son officine. Je me suis fait passer pour un N+4 aussi inaccessible qu'incontournable, d'une région voisine, qu'il fallait donc cajoler au cas où je serais quelqu'un d'important. C'est ça la France éternelle, ça décapite des princes et des rois mais ça reste néanmoins pleutre ou courtisan dans l'âme.

Quant à l'officine, ça lui apprendra à ne pas briefer les stagiaires qu'elle recrute pour animer les stands à pas cher.



Mais revenons à PostCrossing.

J'ai donc sous la main une série de vues choisies pour leur haut intérêt touristique, mais surtout choisies pour ne froisser aucune sensibilité locale. Rien qui décoiffe donc.

Et se pose le choix délicat de celles à envoyer...

C'est que, en m'inscrivant sur ce site, je deviens un peu ambassadeur d'une certaine idée de la France tout de même ! Je ne sais si les services de Citizen K (tu sais, celui qui vitupère les accusations dont il n'a jamais été l'objet http://www.marianne2.fr/Ce-qu-a-vraiment-ecrit-Pierre-Pean_a174727.html) fera un geste pour le rayonnement du pays, mais moi oui !

Alors j'ignore si j'envoie les cartes passe-partout ou celles qui font preuve d'un minimum d'originalité. C'est qu'il y a une nord-américaine, une finlandaise, une hollandaise, une chinoise et une allemande

(oui, que des nanas. Peut-être que le scrapbooking est tellement passé de mode là-bas qu'elles se cherchent une autre occupation. Et les mecs doivent avoir mieux à faire)



La deuxième question c'est : « Mais combien ça va me coûter tout ça ? »

« Heureusement qu'il y a un affranchissement réduit « Carte Postale », me suis-je dit.

Je suis quand même allé vérifier et... il n'y en a plus !

Le tarif réduit pour cartes postales c'était à l'époque de La Poste Service Public 0.001.

Maintenant c'est soit envoi international plein-pot, soit envoi international demi plein-pot mais avec « franchise de poids » tellement pas intéressante que le tarif économique coûte plus cher que le plein tarif !

(Faudrait quand même que je demande à Olivier B. s'il n'y a vraiment plus de tarif Carte postale. Il a ses entrées à La Poste, il pourra sans doute me renseigner)

Bref, si j'envoie cinq cartes, ça me coûte deux journées de bouffe !

(Oui ma Marie, on peut largement faire quatre repas pour 8 euros. Faut pas le dire trop fort, ça va casser le moral des bénévoles des Restos du cœur)



Mais pourquoi je ne réfléchis pas avant ?



Alors comme il me fallait des sous, je suis sorti encore une fois pour aller chercher du travail. En vélo. Je n'ai plus de voiture depuis longtemps et de toutes façons Mme Lagarde nous avait soufflé cette solution pour lutter contre la crise et le coût des carburants.

Manger peu et faire de l'exercice, voilà le secret de la forme ! Le chômage est une bénédiction contre le syndrôme dysmétabolique.

Comme à Cuba, où il n'y a pas trop de problèmes d'obésité paraît-il. Mais là-bas c'est un régime communiste. C'est pas la bouffe qu'ils ont en plus, c'est l'électricité je crois.



Mais envoyer des cartes postales... Tu parles d'un loisir de riche !



Comment Marie ? Pourquoi je ne t'envoie pas des cartes postales à toi ?

Ben... Encore aurait-il fallu que tu me donnes autre chose qu'une simple adresse e-mail pour t'écrire !



24 janvier 2009

Dynamique de groupe et parcours du combattant

Pour célébrer dignement mon entrée dans ma quatrième année de chômage, l'ANPE le Pôle Emploi m'a placé dans un « OEG ».

OEG » c'est un raccourci pour désigner un « Objectif Emploi Groupe », un truc où on rassemble dix à quinze chômeurs dans la même pièce, deux à trois jours par semaine pendant trois mois, et où ils sont censés se remotiver pour trouver un emploi, apprendre les techniques de recherche qui vont bien.

C'est assez gonflant, c'est plutôt inutile, mais c'est aussi la preuve qu'il n'y a pas besoin d'être médecin ou patron du CAC40 pour avoir droit à un petit séminaire de derrière les fagots.

Sauf que là il n'y a pas de plages avec cocotiers, de poules d'hôtels de luxe à gros nibards avec piscine et de conférences-écran pour faire croire à Madame qu'on travaille.

Première étape : faire le bilan de nos formations, de nos connaissances, de ce qui nous a plu et déplu, de notre vision de notre parcours scolaire, et du « si c'était à refaire que referions-nous ? ».

Déjà, que l'on doive parler de l'école alors que la plupart des personnes présentes l'avaient quittée depuis plus de vingt ans... Je me suis demandé si je ne m'étais trompé de porte, peut-être étais-je dans un stage de rebirthing, va savoir.

Mais pour moi ça été vite plié. A part un baccalauréat lettres-langues obtenu de justesse – précision que je me suis abstenu de donner - je n'avais RIEN à offrir dans mon parcours, mais alors RIEN !

(Ah si ! Un CAP de barman mais ce diplôme est peu recherché dans les domaines que je convoite désormais)

« Et quelles étaient les langues que vous avez apprises ? » a très cordialement demandé la consultante

(ouais ouais, vous avez bien lu : on a droit à des « consultants ». J'espère qu'ils ne seront pas du même genre que chez Arthur Andersen)

Elle avait vu mon plus gros diplôme, connaissait manifestement la teneur de mon bac, savait qu'il y avait trois langues, mais s'étonnait aimablement que je n'en mentionne que deux sur mon CV

« - Anglais, espagnol et arabe » ai-je répondu.

« - Arabe ! » s'est exclamé la moitié de l'assistance, y compris celle, à demi-teintée, qui s'étonnait qu'un gars aussi beurre frais que moi ai appris l'arabe .

(Vas-y petit roi du pétrole ! Tu le tiens ton quart d'heure warholien !)

« - Ben oui, pourquoi ? » ai-je rétorqué, faussement étonné (j'adore faire ma diva).

« - Ah ! Alors, tout à l'heure, vous nous direz quelques mots en arabe ? » a ajouté la consultante.

C'est un de ses trucs de « convivialité » : que les personnes présentes puissent montrer leurs savoir-faire, leurs « transversalités ». A croire qu'ils ne savent plus par quel bout nous attraper pour nous faire retrouver la confiance qui sommeille en nous.

(Mais alors, d'un sommeil de plomb, hein !)

Ainsi, une jeune fille sans permis, tout juste rescapée d'un cuisant échec à son CAP d'ébénisterie, a été invitée à nous montrer quelques-une de ses réalisations. Ça part d'un bon sentiment ces petits à-côtés, dans le genre « tout est utile » (et tout est dans tout) mais bon, ça se heurte quand même à des obstacles pratiques tellement évidents qu'ils n'ont même pas effleuré l'esprit de notre sémillante consultante : transporter des meubles, pour un OEG en plus, là où on ne se traîne que contraint et forcé... Déjà en voiture c'est d'un commode... Mais alors en autobus...

Quant à moi, j'ai tu que ma transversalité était d'écrire des blogs de cul, des blogs techniques, des blogs désabusés et que, lorsque je n'écris pas, j'adore rouler des pelles à mon pote informaticien quand il passe à la maison et que nos femmes sont occupées à leur place à la cuisine.

« Oh non, fis-je débonnaire, ça remonte quand même à un paquet d'années, l'arabe je ne sais plus que le lire, sans le comprendre, à part quelques expressions qui m'ont marqué »

Alors zou ! J'ai raconté un peu mon parcours professionnel (que je ne dévoilerai pas ici, je n'ai pas attendu le portrait de Marc L. pour me méfier d'internet), j'ai parsemé mon exposé de nombreux coq à l'âne, car sous des dehors austères et mal-rasés je suis un sacré déconneur et l'assistance, quelque peu assommée par la chaleur de la salle ou la faiblesse de leur petit déjeuner, commençait à se demander quel était le fil d'Ariane entre toutes ces transversalités sur lesquelles je m'étendais gaiement.

Puis, à la question « si c'était à refaire que referiez-vous ? », j'ai sobrement répondu que je n'en savais rien.

(Tu parles que je le savais ! Déjà éviter de naître dans une famille de fêlés qui ont bousillé mon enfance au point que les services sociaux ont dû m'éloigner à 700 bornes de chez moi ! Mais bon, on était tous là pour apprendre à retrouver un emploi, pas pour raconter sa vie et faire pleurer dans les chaumières)

Alors s'il y a mieux qu'un OEG pour pécho les nanas, il y avait dans notre groupe quand même beaucoup plus de nanas que de mecs.

C'est ainsi que j'ai fait la connaissance de Laura, une espagnole débarquée en France il y a peu, de Graciela, une cubaine quadrilingue (espagnol, français, anglais, russe), débarquée en France il y a cinq ans, et de Nathalie, une française tout juste débarquée de son boulot, il y a deux mois, pour cause de harcèlement moral.

La consultante de l'OEG m'avait placé presque d'office en « groupe restreint » avec Laura et Graciela, rapport à ce qu'on parle tous les trois la même langue (l'espagnol).

La consigne de « l'OEG groupe restreint » consistait à contrôler mutuellement nos « listes de connaissances » pour voir si cela cadrait avec les présentations publiques effectuées juste avant.

La « liste des connaissances », ce n'est pas la blog roll liste de notre carnet d'adresses bien sûr, mais l'énumération de toutes les choses que nous avions faites, on devait répertorier la moindre de nos connaissances, même celles acquises au cours de nos plus infimes ou insignifiantes expériences professionnelles.

Fort de ce fil conducteur j'ai donc répondu aux questions de Laura l'espagnole, qui se demandait pourquoi l'ANPE le Pôle Emploi l'avait mise là, puis j'en enchaîné sur « Aida », une série télé ibérique qui m'avait laissé sur le cul la première fois que je l'avais vue.

Échange fructueux puisque plus tard Laura m'a envoyé des liens Youtube sur Paco Leon, une des vedettes de la série, en train de pasticher Raquel Revuelta , une présentatrice de « films à la télé » (un peu le genre de Laurent Weil sur M6 il y a longtemps — mais en bien plus belle — avant qu'il n'ait cru trouver la consécration de son (très) maigre talent sur Canal Plus). Les pastiches sont à mourir de rire, à condition de :

  • comprendre l'espagnol (Paco Leon fait la gourdasse qui n'articule pas)

  • avoir vu quelques épisodes d'Aida auparavant, histoire de se mettre dans l'ambiance (bien que Aida et les pastiches n'aient rien en commun)

Ah oui mais on devait « lister nos connaissances » en « groupe restreint ».

On l'a fait en espagnol bien sûr, ce qui nous a permis de parler de tout et n'importe quoi, sauf de ce dont nous étions censés discuter.

(J'ai maladroitement causé de Cuba à Graciela, je ne sais pas si je pousse jusqu'à lui causer de « Company Man »)

Tout cela a permis à un jeune participant de l'OEG de s'exclamer : « Ah ben dis donc ! J'ai fait espagnol à l'école mais là, en vous écoutant, je ne comprends rien ! ». Splendeur et misères de l'Education nationale...

Le jeune faisait partie d'un autre groupe restreint, il n'avait pas vraiment de raisons de s'immiscer dans notre synergie mais puisque nous devions par ailleurs cultiver une dynamique de groupe je lui ai offert l'opportunité de se repositionner sur ses compétences linguistiques :

« - Qu'est-ce que tu connais en espagnol ?

- Ah ben je sais me présenter !

- Ben vas-y !

- Alors... Yo mais yamó oui-li-ám Asserdá »

(j'ai mis ses accents toniques)

« - Je sais aussi compter : unó-dosse-tresse... Euh... Cuatró ! Cincó-seïs-sete-otcho... Nuebe-diez, Euh... diez y uno, diez y dos... »

Je ne sais pas trop quelle idée Laura se faisaient de la France, mais pour ce qui est des français elle a été servie.

Quant à moi j'ai appris, qu'en espagnol, j'avais l'accent de ma région (j'en étais presque tout fier et flatté - vu le peu d'occasions que j'ai de pratiquer la langue de mes grands-parents - jusqu'à ce que je me souvienne que, poussé à l'extrême, cet accent pouvait être pris pour celui des cul-terreux. Je n'ai rien contre eux hein ! Mais les Ibères sont fiers et ombrageux, tout le monde sait ça).

Alors j'ai demandé à Laura si elle savait où je pouvais trouver un vrai dico espagnol-français, sur Internet et gratuit tankafère. C'est qu'il y a des dialogues d'Aida qui m'échappent vu qu'ils sont truffés d'argot, et que l'argot espagnol, ben c'est pas vraiment la langue que m'ont apprise mes grands-parents.

Avec Google j'étais tombé sur un site qui liste quelques expressions : http://site.voila.fr/tsk/dossiers/esp/argesp.html

Par exemple, rien que pour le mot « baiser » il y a 13 expressions. J'arrive péniblement à en trouver la moitié en français, sans doute un manque de pratique. Tout le monde sait qu'une langue se perd si on ne la pratique pas.

J'ai pris l'exemple de « baiser » car le sujet revient souvent dans Aida. Mais il y a aussi plein de « joder ! », « cabron ! », « coñazo ! », « dar el braguetazo », « capullo », « pringa'o », etc.

A croire que l'Espagne n'est intéressée que par le sexe, l'argent et l'insulte de son prochain.

 

05 octobre 2008

A une amie qui est partie

Salut T*** !

Tu sais quoi ?

J'ai une sale manie,

Quand je réponds à UN courrier, je démarre plusieurs réponses à la fois, genre

« Tiens ! Si je parlais de ça ? »

ou

« Oh ! Super ! Il m'est arrivé un truc incroyable aujourd'hui ! Je vais vite le raconter ! »

ou encore

« ... »,

puis je laisse tout en plan et je reviens plus tard voir ce que ça donne.

Parfois « plus tard » c'est vraiment beaucoup plus tard, des jours voire des semaines plus tard, du coup mes correspondants se retrouvent sans réponse et croient que je les ai oubliés,

Et moi je me retrouve avec plein d'ébauches sans queue ni tête, c'est à dire sans aucun fil conducteur,

Et je me creuse les méninges pour essayer d'assembler les morceaux, obtenir un ensemble cohérent tout en me maudissant parce que à mon âge je suis toujours incapable de discipline pour m'éviter du boulot inutile.

( normalement, dans tout texte narratif, il n'y a pas de « Ça », de « truc » ou de « ... » mais des traits d'esprit, des anecdotes ou des longues réflexions sur l'état de la France et les diverses solutions, trouvées en équipe au brainstorming du troquet PMU — parce que le troquet PMU c'est plus reposant que le blog de Marcel Gauchet — pour sortir le pays de sa situation peu reluisante tant il est vrai que maintenant qu'on a un petit leader volontariste qui bouge dans tous les sens on ne peut plus se contenter de râler « ki fo fer kek chose » tout en jetant des blâmes aux élus, mais bien mettre la main à la pâte car chacun est concerné, rompez les rangs.

Mais dans tout texte narratif il y a aussi un empêchement, une épreuve, une difficulté à surmonter. Et dans ma vraie vie, il y a quoi comme empêchement pour terminer un courrier ?

Il n'y a rien !

Juste Ciel ! Comment un néant peut-il nous fracasser à ce point ? )


Tiens ! Je pourrais te parler de mon père, qui vient de me téléphoner pour la quatrième fois ce matin sur mon portable, et qui n'entend pas ce que je lui dis car :

  • je lui répondais du sous-sol de la maison, c'est pas top pour le réseau, d'où des coupures, d'où les quatre appels,
  • de toutes façons il est sourd,
  • de toutes façons ce sont toujours les cinq mêmes questions, les cinq mêmes réponses. Après j'ai la paix pour un mois.
  • de toutes façons il n'admet pas qu'il est sourd,

J'ai quand même été prudent et ce n'est qu'après qu'il ait raccroché que je lui ai lancé un « Va donc t'acheter un son d'automne, connard ! ».

Mais bon, tu ne connais pas mon père, c'est donc forcément moins drôle que si je racontais ça à mon frère, son autre fils, et l'insulte finale peut paraître disproportionnée.

( Car elle l'est, mais dans l'autre sens évidemment )


Je pourrais aussi te parler du livre de David Lodge que je viens de terminer

Un tout petit monde », fini tard hier soir et qui m'a laissé mort de rire, mais ne nous égarons pas. Discipline ! Discipline !)

Comme à chaque fois que je lis un livre j'ai envie d'annoter des passages pour les retrouver plus tard.

Évidemment je ne suis pas un sagouin et je ne vais pas repérer les pages au crayon ou au stylo mais juste poser des marque-ta-page en papier.

Or les marque-ta-page faut les préparer d'avance : quoi de plus bête que d'interrompre une lecture passionnante pour courir en quête de papier ? Tout le monde s'y prendrait à l'avance, non ?

Tout le monde sauf moi.

Je sais qu'à chaque fois que je lis un livre, j'ai envie de marquer des passages, je sais que préparer des marque-ta-page ça ne demande même pas 30 secondes et quelques coups de ciseaux dans une feuille de brouillon

(et Dieu sait si, en tant qu'analyste-programmeur, j'en ai des feuilles de brouillon ! C'est le dégât collatéral de notre profession.

En fait, le « zéro papier » n'est qu'un argument commercial pour les fashion-victim névrosés par la gestion efficace avec rien qui dépasse.

Nous autres analystes-programmeurs nous ne sommes pas cons, nous savons bien que rien ne remplace le papier, la gomme et le crayon.

Du coup on produit du brouillon à tire-larigot )

Eh bien crois-tu qu'avant de me mettre à la lecture d'un nouveau livre je taillerais en pièces une ou deux feuilles de brouillon ?

Même pas !

(Probablement parce que, en tant qu'analyste-programmeur, je trouve que faire quelque chose sans clavier, souris, multi-fenêtres et capuccino Maxwell crémeux à portée de lèvres dans un mug typé, eh bien c'est déroger ! )

Alors du coup, maintenant que j'en suis arrivé à la page 180 ( je le sais parce qu'à la page 180 j'ai mis le marque-ta-page gracieusement fourni par la bibliothèque municipale ), je vais devoir me taper le livre à rebours pour retrouver les quatre passages que je voulais mettre de côté...

C'est un petit Lodge finalement, seulement quatre passages à relever sur 180 pages ? Je n'aurai pas eu ce souci avec Crébillon et les « Lettres de la Marquise de M*** » puisque là c'est le bouquin entier que j'ai envie de citer.







Ah ben voilà !

J'ai tenté de fusionner deux ébauches de réponse en une seule, je me suis perdu dans des considérations aussi pragmatiques qu'inintéressantes, je me suis payé une incohérence chronologique et je ne sais plus ce que je voulais écrire dans ce courrier...

( Une fois que t'aura donné tes coups de ciseaux, petit roi du pétrole, penses à faire un plan de ce que tu vas écrire, tu le fais pour tes logiciels, pourquoi tu ne le ferais pas pour tes correspondants ? Ils ne méritent pas d'être mieux traités que tes clients ? )


Bon, ben je vais me rabattre sur Lodge, entre fins lettrés ça peut nous occuper.


Réflexion faite je ne vais pas me rabattre sur Lodge.


Enfin si ! Je vais me rabattre sur Lodge pour le lire, mais je ferai mes marque-ta-page avant.




C'est passionant ! Un coup j'ai lu Lodge, un coup je suis en train de le lire... Quelle cohérence...

Si j'étais un des personnages du livre, je profiterais du colloque de Jérusalem pour faire une communication : « Les soubresauts narratifs du courrier dominical ».

Ça ne vaudrait certes pas « Lisibilité et fiabilité dans le roman épistolaire anglais, français et allemand »,

ou

« Problèmes de distorsions culturelles : la traduction des exclamations dans les œuvres de Cortazar, Sender, Baudelaire et Flaubert »,

mais je crois que ça pourrait le faire.





Tu as quitté N*** et je te comprends...

Il y a eu des grèves, et il y a eu un mini-festival sur les « salauds de privilégiés » et autres « on est pris en otage par des gens qui n'ont qu'un bouton à pousser pour faire avancer la loco et qui partent à la retraite avec leur pénibilité ! »

( je te le fais court le florilège, tu as quitté ces gens-là, doser un sevrage est délicat )

C'est ça qui est chouette dans les grèves : ça cristallise les cons autour de leurs égos telle la buée qui se condense sur une vitre froide. C'est pratique, ça va plus vite pour sélectionner ses relations, à nos âges on n'a plus de temps à perdre avec les imbéciles.

(Ceci étant, je suis quand même bien content d'habiter une ville où on peut raisonnablement espérer atteindre son boulot en vélo, sauf si on a décidé de vivre très au vert, bien sûr)


Je ne reste sur N*** que parce qu'il y a un F*** qui en sort parfois de bien bonnes quand il s'adresse à cette nuée d'imbéciles dépourvus de cervelle qui squattent N*** uniquement parce que :

  • C'est coloré, on peut changer l'aspect de sa page perso dis-donc !
  • Oh ! T'as vu ? Le copier-coller ça marche aussi ! Ça tombe bien je viens de lire des blogs sur le « Progesterex », sur « la pédophilie sur mineure âgée de 16 ans » et sur « la désolation des fleurs offertes à une femme en vain ».

    (non non, il ne manque pas de « g » à vain)
  • On peut avoir une liste d'amis longue comme une AG d'entreprise cotée en Bourse

    (Ah les cons ! Ils auront beau faire, ils ne seront jamais que des petits-porteurs)


Mais c'est très déprimant.

Je pourrais même ajouter que ce n'est vraiment pas ce qu'il me faut en ce moment mais dire cela obligerait à expliquer pourquoi.

Or, même si les gens de gôche comme toi sont caricaturés comme n'étant prédisposés qu'à l'écoute passive, ce n'est pas une raison pour abuser d'eux.





J'aurais pu venir aux nouvelles ?

Cela t'aurais motivé pour écrire ?

Le brainstorming du troquet PMU me souffle deux réponses :

- Eh toi-même !

- C'est celui qui dit qui y est !

(Et toc !)







Ma fille (5 ans) me souffle de quoi insérer une anecdote dans ce contexte narratif qui ne ressemble plus à rien :

- Papa ! Tu pourrais me donner trois chewing-gums ?

- Euh... Oui...

- Ah chouette ! Mais il faudra trouver une cachette...

- C'est pour l'école ?

- Oui.

- Et vous n'avez pas le droit de manger du chewing-gum à l'école ?

- Non, c'est pour ça qu'il faut trouver une cachette !

- Mais alors... C'est une bêtise que vous allez faire ?

- Oui (ravie) ! Mais il ne faut pas le dire que c'est une bêtise !





Bien, bien, bien...

C'est l'heure...

Bon appétit !


A+ !

Petit roi du pétrole



Notes de bas de page :

  1. Je ne suis pas analyste-programmeur, la présence de ce métier est une pure « licence narrative », mais je plains quand même celles et ceux qui font ce boulot pour vivre.
  2. Toute similitude avec des évenements, des personnes ou des sites web existants est purement fortuite, involontaire, et patati, et patata.


Bibliographie :

« Un tout petit monde », David Lodge, 1984. Editions Rivages 1991.


Rompez les rangs.

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