Les rois du pétrole

(rien à voir avec les musiciens du même nom)

24 décembre 2008

« Garçon stupide »

Le film que vous pouvez éviter cette semaine s'intitule : «Garçon stupide».

Autant le dire tout de suite : j'ignore quand est sorti le film, où il est projeté, s'il est encore projeté, si vous pourrez le voir, et si cela vaut la peine que vous lisiez cette chronique.

(Car si je sais d'où et quand j'écris, j'ignore où et quand vous me lisez. Ha ! Ha !)

«Garçon stupide» traite, avec beaucoup de délicatesse et sans aucune pudeur, de la question de l'ouverture d'esprit chez les jeunes homosexuels de vingt ans qui sont beaux gosses, qui n'ont rien dans la tête et qui baisent à la chaine.

Dans le film c'est le jeune Loïc qui s'y colle. Il n'a rien dans le ciboulot, il a une belle gueule et il enchaine rencontre sexuelles furtives sur rencontres sexuelles  furtives.

Des rencontres filmées presque cliniquement, « c'est pour cette raison que le film est interdit aux moins de seize ans » nous informe le programme du cinéma, qui a largement pompé sa présentation dans une critique parue dans une magazine télé francophone, catholique et de gauche.

Alors vous je ne sais pas mais moi, un enchainement de scènes sexuelles filmées presque cliniquement, autant vous dire que je suis candidat !

Évidemment le programme du cinéma a largement survendu le film, mais on ne se sent pas floué car on les connait : cela fait plus de vingt ans qu'ils utilisent les mêmes procédés de marketing, alors bon...

Mais revenons à Loïc qui n'a rien dans le ciboulot.

Il ne connaît pas non plus Hitler (Il a beau être suisse, faut quand même le faire !) ni l'impressionnisme et il fait des photos avec son téléphone portable.

(Il découvrira d'ailleurs Hitler et l'impressionnisme dans un dictionnaire et placera dès qu'il le pourra qu'il est « photographe impressionniste ». Ce à quoi on lui répondra que c'est très impressionnant).

Loïc travaille comme « contrôleur qualité » dans une usine de chocolat (ça se passe en Suisse, rappelez-vous. Le réalisateur a probablement eu cette idée pour ne pas trop ébouriffer le marché américain, dont on dit qu'il a des idées simples et préconçues ).

«Contrôleur qualité», dans une usine helvétique de chocolat filmée par Lionel Baier, ça consiste à inspecter recto-verso les tablettes transportées sur la ligne de production pour détecter les malfaçons...

Ah je vous vois venir bande de petits sagouins !

« Chocolat », « tablettes », « inspection recto-verso », « homosexuel », on va avoir droit aux parallèles les plus démonstratifs ?

Eh bien...


Ouiiiiiii !


Sauf qu'il s'agit d'un film classé d'Art et d'Essai, pas d'une vidéo X posée en haut du présentoir de votre marchand de journaux.

(Il y a-t-il un féminin à «sagouins» ? Car c'est avant tout un film homosexuel)

Donc au fil des rencontres de Loïc, le réalisateur nous gratifie de parallèles fulgurants entre les mouvements de Loïc et ses partenaires et le mouvement des machines en production de l'usine...

Et si par cas le rapprochement nous avait échappé, nous avons même droit à écran divisé en deux : à gauche l'image des machines en fonctionnement : et vas-y que la bielle rentre dans un orifice, et vas-y que deux plaques s'entrechoquent pour mouler le chocolat...

A droite l'image de Loïc et de son partenaire du moment : et vas-y que je te sodomise, et vas-y que mes bourses choquent contre tes fesses...

Il s'agit bien d'une figure de style parallélépipédique, aussi lourde qu'un parpaing.

D'ailleurs, pour bien montrer la mécanicité des rapports de Loïc au monde, c'est finalement l'image des machines en action qui se substitue à celle de Loïc et ses partenaires.

Une symbolique démonstrative si légère qu'on en viendrait presque à regretter feu Claude Lellouch.

Mais voilà «Garçon stupide» est un film d'Art et d'Essai, donc avec des ambitions.

Elles sont incarnées par une voix off : celle d'un gars rencontré par Loïc, un de ses nombreux rendez-vous, un gars qui ne veut pas le sauter, et avec qui Loïc apprend l'usage de la parole en répondant à ses questions d'intérêt général.

(Cela a beaucoup surpris dans le milieu mais, oui, c'est indéniable, on peut faire une rencontre furtive dans un parking pour discuter et pas pour baiser).

La voix-off continue à rencontrer Loïc tout au long du film, elle pose toujours des questions sur lui. Ça le surprend le Loïc, et il a la réponse réticente car :

  1. il n'imagine pas qu'on puisse s'intéresser à lui et non à sa façon de sucer.

  2. Avoir une bite à la place du cerveau, ça n'aide pas pour réfléchir et causer de soi.

Pourtant Loïc a une confidente avec qui il cause : Marie, une fille sérieuse, étudiante et qui arrondit ses débuts de mois en travaillant à l'accueil d'un musée.

(Le film fait l'impasse sur la naissance de leur relation et c'est tant mieux car Loïc me donne assez de boulot comme ça).

Marie dépanne souvent Loïc : et que je t'héberge parce tu que rentres tard de tes escapades nocturnes et que chez toi c'est trop loin de l'usine, et que j'écoute les saloperies que tu fais avec les mecs mais ne t'en fais pas tu n'arrives pas à me choquer bien que tu essayes, etc.

Je n'ai pas trop compris les rapports qu'entretiennent Loïc et Marie mais on s'en fout : elle mourra vers le trois-quart du film, d'une chute causée par la barre de muscu que Loïc lui avait fixé auparavant dans un encadrement de porte.

(Il s'était pourtant appliqué, le bougre : dans le premier tiers du film on a eu droit à un plan de 16 secondes sur « fixation de barre fixe ». C'est dire si c'était bien amené pour la suite)

Le décès de Marie, aussi brutal qu'inattendu, secouera tellement Loïc qu'il s'enfuira avec la bagnole de Marie et aura un accident dans les routes de montagnes suisses.

(car Loïc n'a pas le permis, nous le savons grâce à une scène judicieusement placée quelques dizaines de minutes avant, qui nous les avait montrés tous les deux, Loïc faisant le pitre au volant de la voiture de Marie, celle-ci paniquant en lui donnant des leçons de conduite. Encore un symbole-parpaing !).

Mais rassurez-vous : le film traite d'ouverture d'esprit et de prise de conscience, pas de drames humains et de violence routière. Loïc échappera donc au fauteuil roulant. Faut dire qu'avec une heure et demi de film disponible, il faut faire des choix dans les grandes causes. Ouf !

Après les scènes de sexe, après les plans de travail à la chaine, après les disputes entre Loïc et Marie, après les questions introspectives de la voix-off, après le décès de Marie, après la découverte du décès, après l'accident de voiture, après la convalescence, tout bascule soudain : Loïc vide son compte d'épargne (heureusement il ne touche pas au deuxième pilier !), achète une caméra vidéo avec ses économies (la plus chère du magasin comme ça elle saura tout faire. Mon Dieu qu'il est niais !), prend le train, se retrouve au milieu de manifestations anti-G8 où il ne comprend même pas le sens des pancartes et des expressions telles que « alter-mondialiste », « un autre monde est possible », « militantisme », « tuez-nous tous », etc.

(Ça vous épate hein ? Souvenez-vous pour Hitler. Et puis je n'invente pas : c'est Loïc lui-même qui le dit qu'il ne comprend rien à ces pancartes).

Et là Loïc sort de son trou, la verge qu'il a à la place du cerveau laisse la place à un embryon de matière grise : il voit les manifestants, il marche à travers la foule, il sent qu'il se passe quelque chose car il clame à Marie-qui-est-au-ciel qu'il va désormais changer.

Puis on le retrouve dans une grande fête foraine où, allez encore un petit symbole-parpaing de derrière les fagots, il aperçoit, dans la grande roue,  celui que l'on suppose être la voix-off (un genre de blond méché, là on a presque échappé à la caricature).

Ah ! La roue tourne ! Je monte te rejoindre ! (C'est complétement idiot : il ne sont pas dans la même nacelle)

Le film est dédié à N.

J'ignore qui est N. mais le spectateur se sent quand même bien niqué !



28 novembre 2008

« La famille suricate »

C'est le titre du film que vous pourriez aller voir cette semaine... A condition de prendre des boules Quies avec vous.

C'est un film britannique.

Il expose, à travers la « vie » d'une colonie tribu de suricates qui n'en demandaient pas tant, à quel point les valeurs communautaristes sont pertinentes, recommandables et recommandées.

Le suricate est une petite bestiole à la mine et aux attitudes très photogéniques, on les surnomme parfois affectueusement du sobriquet « sentinelles du désert » puisque certains individus de la tribu passent leur temps, hissés sur leurs pattes arrières et leur queue, à surveiller les alentours où s'égayent les autres membres à la recherche de nourriture.

Et si le froid vient à poindre, quelques déclarations volontaristes  et hop ! Tout le monde rentre en centre d'hébergement !

Oups ! Excusez-moi, c'est une erreur de copier-coller.

Et si le danger vient à poindre, quelques petits cris d'alerte et hop ! Tout le monde rentre au terrier !

Le danger, en l'occurrence, ne provenant pas de requins de la finance mais de rapaces ailés, de serpents sournois ou, parfois, de grands carnassiers en manque de nourriture à-cause-de-la-sécheresse.

A l'appui de ses thèses, le réalisateur s'attache à un petit suricate qu'il a baptisé Kolo, un petit suricate né trois semaines auparavant, qui effectue sa première sortie du terrier sous nos yeux émerveillés et qui part illico à la découverte du vaste monde car il est un peu plus curieux et aventureux que ses frères...

Allez fiston ! Bientôt en route pour les Indes !

Mais voilà, un petit suricate candide, c'est une proie facile pour les prédateurs voraces... Il doit donc apprendre à reconnaître les dangers qui l'entourent, à s'en défendre, à chercher sa nourriture aussi, parce que bon, c'est la nature sauvage et hostile là où il est, c'est l'immense et ô combien filmé des millions de fois somptueux désert du Kalahari, c'est pas Tanguy dans le 150 m² tout confort de Papa-Maman, mince quoi !

Pour Kolo (et pour quelques autres de la même portée) ce sera son « grand frère » qui se chargera de cette éducation. Ah les « Grands Frères »... Que n'ont-ils pas fait coulé d'encre...

S'ensuivent plusieurs séquences d'apprentissage, Kolo qui apprend à chasser le scorpion, à déterrer l'insecte, à déjouer le cobra, à échapper aux rapaces, etc. Et lorsque tout le monde dans la salle a bien compris à quel point le grand frère de Kolo est important.. Zas ! Il se fait embarquer par un aigle !

Ah ben oui. La vie est dure, hein. Les aigles emportent les grands frères et mangent leurs proies sous nos yeux. Encore un film pédagogique, tiens. Emmenez les enfants au ciné. Faut les préparer aux vicissitudes de l'existence.

Mais, après bien des dangers auxquels il saura échapper (ah la course poursuite du cobra dans le terrier des suricates, très bien filmée en gros gros plan...) Kolo deviendra grand et assurera, à son tour, l'éducation des suricates nouveaux-nés. La vie est un cycle. La solidarité est dans le clan. On est si peu de choses tout seul mais, tankafèr, mieux vaut rester entre nous. Allez en paix. Amen.

Alors voilà, les images du film sont très belles. Le public « averti » déjouera les ficelles narratives tellement grosses... qu'on se demande encore comment le public non averti peut les gober...

La mise en scène et la narration sont donc nettement discutables, empreints d'une philosophie de la vie que je n'aimerais pas voir triompher dans ce beau pays qu'est la France.

Mais bon, pour le film, il suffit de se boucher les oreilles pour échapper au pire.

Posté par roisdupetrole à 19:16 - Je ne vais plus au cinéma - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

22 novembre 2008

« Deux jours à tuer »

Le film que vous pouvez éviter cette semaine s'intitule « Deux jours à tuer ».

C'est aussi ce que je me dis à la veille de chaque week-end, encore deux jours à tuer.

Les autres jours de la semaine également remarquez, ce sont aussi des jours à tuer. Mais bon, les jours de la semaine il y a des distractions, les gosses gamins à amener à l'école (j'ai barré, je ne voudrais pas que les lecteurs québécois s'imaginent que j'amène du monde à l'école du sexe), le ménage du matin à faire, le repas à préparer, les morpions enfants à reprendre à l'école, les devoirs à faire faire, le conjoint à écouter au retour de son boulot, le repas à faire, les enfants à coucher, les dents à brosser, le câlin à faire, bref, même chômeur de longue durée, il y a de quoi massacrer plusieurs journées avec toutes ces occupations.

Mais le week-end c'est le moment de la semaine où on peut recevoir ses potes, ceux qui bossent, ceux qui n'ont pas (encore) de conjoint auprès de qui vomir leur journée de travail et qui viennent donc la répandre chez vous, vous ôtant ainsi la maigre motivation qui vous reste pour retrouver du boulot.

Et là c'est mon pote informaticien, celui qui me fait rire d'habitude, et dont je vous raconterai d'autres aventures une prochaine fois, qui est venu essayer mon lecteur DVD avec le film tout neuf qu'il s'est procuré par des voies tout à fait honnêtes, ce qui est à saluer car c'est plutôt rare chez des gens qui ont toutes les facilités pour rester branchés 24h/24 là où vous savez.

(A mon avis il ne m'a pas tout dit, il doit tenter un sevrage progressif avant que parce que ça commence à sentir le roussi, mais bon, ça reste entre nous)

Alors voilà qu'il débarque chez moi avec le film « Deux jours à tuer ». Comme je ne vais plus au cinéma, et encore moins dans les cinémas tenus par des hypocrites se réclamant du gauchisme mais qui se comportent en fait comme même le MEDEF n'ose pas le faire, je ne savais pas trop de quoi ça parlait.

Mais j'ai vu qu'il y avait Albert Dupontel au générique.

«  Aïe me suis-je dit, on va avoir droit à une leçon de vie, façon vieux-qui-sait-et-qui-l'envoie-pas-dire-tellement-vous-comprenez-rien-alors-que-ça-saute-aux-yeux. »

J'étais moyennement chaud, je suis donc allé chercher les glaçons dans le frigo puisque mon pote avait aussi apporté de la junk-food et des sodas.

Cécile Méliot (la madame d'Antoine Méliot, qui, lui, est joué par Albert Dupontel) appelle son mari pour qu'il aille chercher sa belle-mère à la clinique où on l'avait soignée pour un bras cassé.

Ah mais voilà : belle-maman d'Antoine est une bourgeoise (pas étonnant qu'elle s'y connaisse en bras cassés), en plus on la découvrira revêche et exigeante avec le petit personnel de la clinique…  Autant dire qu'à cause de ce caractère de cochon, Antoine est moyennement emballé pour aller la chercher.

Ah mais voilà, Antoine est du genre à dire ses quatre-vérités aux gens et les premières minutes du film vont lui donner l'occasion de tirer sa première salve. Aux frais de belle-maman. La bourgeoise. Rhaaaaaaa ! Quel plaisir par procuration de sortir ses quatre-vérités aux bourgeois...

Ah oui, j'ai oublié de vous le dire (mais vous vous en foutez car comme le film est déjà passé en salle vous devez déjà le savoir) mais l'intrigue veut qu'Albert Dupontel passe les quarante premières minutes du film à se fâcher avec tout le monde en balançant plein de quatre-vérités.

Donc, après avoir balancé ses quatre-vérités à belle-maman, Antoine part au boulot.

Un boulot qui tombe à pic puisqu'Antoine est pu-bli-ci-taire ! Autant dire le job rêvé pour tous les pétages de plombs possibles et imaginables, genre je craque parce que je suis charrette pour avant-hier, que le livreur de coke n'est pas encore passé et que si ça continue, c'est le client qui va comprendre à quel point son produit est nul !

Bon, ya pas de coke dans le film. « Deux jours à tuer » se veut plus classieux que « 99F »

En revanche il y a du yaourt. C'est le produit à vendre et le client voudrait un slogan plus punchy et poétique que « 0% de matière grasse, pas de sucres, anti-cholestérol »...

« Comment ça « plus poétique » ? » demande Antoine qui commence alors une sorte de tirade à la Cyrano avec tous les slogans possibles, imaginables, et ridicules. Puis il se barre en envoyant chier le client !

Dans la foulée il file aussi tout son paquet de clopes à un poivrot et revend ses parts de l'agence à son associé.

Et on le retrouve un peu plus tard en train de déjeuner avec une nana dont on comprend, à ses gestes affectueux, que ce n'est pas sa femme :

« Antoine, tu vas lui dire ? C'est plus possible de continuer comme ça Antoine. Tu dois lui dire. On est vendredi, tu as tout le week-end, tu te débrouilles comme tu veux mais tu lui dis ».

Ouh la ! On sent que ça va être le grand ménage !

Rentré chez lui il y a une fête d'anniversaire, genre tous les copains sont là, on éteint les lumières et quand il rentre : « Surprise ! » « Oh je ne m'y attendais pas ! ».

Mais avant la fête d'anniversaire il y a la scène que lui fait sa femme parce qu'on l'a vu, lui Antoine, en compagnie d'une belle brune dans un resto, main dans la main et avec ce regard un peu bête qu'ont tous les amoureux du monde...

Ah la la ! Qu'est-ce qu'elle est mal jouée par Marie-Josée Croze cette scène... Mais bon, le but du réalisateur c'est pas d'être crédible, c'est de laisser l'épouse s'enfoncer dans la colère et les malentendus, afin que les provocations et les quatre vérités d'Antoine paraissent encore plus justifiées...

Et ça déménage ! Et ça balance un tas d'atrocités ! Et ça se présente mal pour la fête d'anniversaire, prévue le soir même...

Dans cette fête, ils sont tous là les meilleurs potes d'Antoine, il y a même Bérengère, jouée par une Daphné Bürki aussi naturelle dans le film qu'elle l'est sur les plateaux télé où elle officie.

Évidemment, le repas tourne mal, Antoine essaie de peloter une copine un peu allumeuse (Virginie, le choix du prénom a sans doute été très étudié), puis ça dégénère en bagarre, en quatre vérités à tous les vents, chaque copain en prend pour son grade, puis Antoine nous fait un petit malaise, se remet, les copains rentrent chez eux, c'est le désastre et la désolation...

Bref, on arrive à grand pas à la quarante deuxième minute, il est temps de passer au deuxième temps fort du film : le road-movie vers l'Irlande.

Rien de particulier à dire, on se demande juste ce qui va se passer car, comparé à la première partie, c'est rudement calme.

Antoine prend sa voiture direction Cherbourg et, sur la route, il prend même un gars en stop.

Oh la vache ! Que va-t-il se passer ? Est-ce que le stoppeur va péter dans la BM ? Est-ce qu'il va s'essuyer les doigts sur les sièges ? Est-ce qu'il va laisser sa fenêtre grande ouverte alors que le film a manifestement été tourné en hiver ?

Même pas !

On apprend que le gars est chômeur, qu'il se rend à Valognes où un cousin lui filera peut-être du boulot, parce que bon, deux ans de chômage, licenciement, RMI, le parcours classique quoi. Même sa femme et son chien se sont barrés.

Mais malgré cela, c'est un chômeur qui a su garder sa dignité. Genre « c'est la vie » et je ne vais pas réclamer l'application de l'article 5 du préambule de la Constitution de 1946, faut pas déconner !

Non, j'fais juste du stop pour aller à Valognes. Un chômeur digne c'est un chômeur qui ne la ramène pas et qui comprend parfaitement les difficultés dans lesquelles se débattent la classe patronale. On ne va pas ajouter des problèmes aux problèmes.

Putain ! C'est pas possible ! Il va se faire allumer par Antoine lui aussi ?

Même pas ! Ils vont même sympathiser. Et lorsqu'il le dépose à Valognes, Antoine lui file même tout ce qu'il a pu retirer d'un distributeur de billets !

Mais le chômeur il n'en veut pas de cet argent, il galère mais il ne fait pas la manche quoi (il est digne, rappelez-vous). Antoine insiste. Alors le chômeur réfléchit, on le voit soupeser le pour, le contre... Et il accepte !

5 secondes pour soupeser et accepter ! Le scénariste n'a prévu que cinq secondes pour cette scène. Rappelez-vous en la prochaine fois que vous irez taper un copain : cinq secondes c'est désormais le laps de temps en-dessous duquel vous êtes un mufle et au-dessus duquel vous êtes un lourd. Je vous avais dit plus haut que ce film allait nous apprendre à vivre !


Bon ! La suite je vous la fais rapide, parce que j'ai déjà trop abusé de votre patience, et puis de toutes façons je vous déconseille fortement d'aller voir ce film qui n'en vaut pas la peine.

(mais si vous l'avez vu, ce billet devrait être plus drôle)

Antoine embarque pour l'Irlande, là il roule jusqu'à une... ferme ? Peut-être, aucune importance.

L'important c'est que dans cette bicoque il y a... le papa d'Antoine !

Mais... Mais qu'est-ce que tout cela veut-il bien dire ? Il se fâche avec tout le monde, il se barre, il va voir son père... Il ne reste qu'une demi-heure de film et on ne comprend rien !

Après quelques explications genre « règlements de compte en famille » où on apprend que le père d'Antoine s'est tiré lorsque ce dernier avait treize ans, Antoine et Papa vont à la pèche. Antoine fait un malaise dans une rivière, Papa s'affole, Papa veut amener son fils à l'hosto, Antoine veut pas, Papa promet qu'il sera désormais présent (à mon avis c'est trop tard Edgar !), mais en fait, Antoine...

Antoine il meurt...

Ben oui ! C'était ça le secret du film : Antoine avait un cancer et il allait bientôt mourir...

Et le seul moyen qu'il avait trouvé pour qu'on ne le regrette pas avait été d'être désagréable avec tout le monde...

Et la nana aux gestes affectueux dans le resto, c'était une amie d'enfance, qui était aussi sa toubib... Pas sa maîtresse... Ah la la ! Qu'est-ce qu'elle doit se sentir conne maintenant la bonne copine qui avait vendu la mèche à l'épouse d'Antoine au début...

Alors bon, c'est un film français, c'est un drame, il doit forcément y avoir une morale. Le seul qui s'en sort plutôt bien en fait, c'est le chômeur.

Ça doit être ça la morale : vu le cataclysme économique qui nous pend au nez, allez donc faire du stop à la sortie des centres d'oncologie...

_

05 novembre 2008

Je n'écrirai pas le mot historique

Il est quand même sympa le résultat de l'élection dont tout le monde parle (à voir certaines réactions en France, on croirait que certains veulent se racheter d'avoir voté Sarkozy).

Désormais les acteurs Noirs, qui avaient des petits rôles d'officiers de police, de juges voire de président plus souvent qu'à leur tour, pourront enfin retrouver des petits rôles de malfrats dans les films et séries télés.

Posté par roisdupetrole à 14:12 - Je ne vais plus au cinéma - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

10 octobre 2008

A very british gangster

Le film que vous pourriez aller voir cette semaine s'intitule : « A very british gangster »

Comme son nom l'indique, ça parle d'un bandit très britannique.

Par association d'idées, qui dit « bandit » dit « police ».

(suivant en cela l'adage philosophique bien connu : « Il n'y a pas de nuit s'il n'y a pas de jour, il n'y a pas de joie s'il n'y a pas de tristesse, il n'y a pas de noir s'il n'y a pas de blanc, il n'y a pas de tomates s'il n'y a pas de carottes, il n'y a pas de roses s'il n'y a pas de poème désolé. Et, au fait, est-ce que tu as pensé au pain ou dois-je me rabattre sur Paulo Coelho ? »)

Toujours par association d'idées, qui dit bandit + police + film dit Festival du film policier de Cognac.

Et « A very british gangster » a obtenu le Grand Prix 2007 du festival du film policier de Cognac.

Autant dire qu'on peut y aller les yeux fermés, c'est pratiquement du V.S.O.P.

Alors ? Qu'ont-ils de spécifique les bandits britanniques ?

Je suis allé voir le film pour savoir et... J'ai pas arrêté de me marrer !

A very british gangster est tourné comme un documentaire ayant comme sujet principal un caïd de la pègre (Dominic Noonan) qui vit de ses oeuvres à Manchester.

Seulement voilà, c'est une énorme parodie de documentaire... Tout dans le montage, les faits relatés, les propos tenus par le gangster, sa façon de se mettre en avant, tout est tellement énorme et outrancier que je me suis pissé de rire du début à la fin. J'avais l'impression de voir « Zelig » de Woody Allen.

Film en permanence sur le fil du rasoir : scènes d'interviews ubuesques alternant avec des moments « pris sur le vif », voix off du réalisateur précisant certains faits, situant la chronologie des événements, certains gros plans bien appuyés, quelques effets de montage, quelques artifices de prise de vue (comme, par exemple, l'utilisation d'un filtre tabac dégradé pour assombrir le ciel au-dessus des cités ouvrières de Manchester, histoire de leur donner un aspect lourd et dramatique)...

J'avais vraiment l'impression de voir un reportage amateur style télé locale...

Mais je me suis bien marré, pas autant qu'avec Zelig mais pas mal non plus.


Puisque vous avez lu mon billet sur « Les fils de l'homme » vous savez :

- quel genre de cinéma je fréquente,

- que ce cinéma édite un programme papier dans lequel les films qu'il projette sont encensés plus que de raison,

- que pour cette raison je ne lis jamais le programme avant d'aller voir un film,

- que si je vais dans ce cinoche c'est parce que j'accorde encore un peu de crédit aux termes « Art et Essai Recherche » qui le labellisent.

Bon, je la lis quand même un peu la gazette du cinoche, mais juste en diagonale, pour avoir une idée du sujet.

Pour A very british gangster je me souviens juste des phrases :

« A very british gangster dresse le portrait haut en couleur d'un personnage aussi fascinant que...»

et

« Grand Prix du film policier de Cognac ».

Après m'être bien poilé durant la la projection je me dis : « Tiens ! Qu'est-ce qu'ils ont pu écrire sur ce film ? »

Et là...























Le choc !










































« A very british gangster » n'est pas une fiction ! C'est un vrai documentaire...

Ah la vache ! J'étais persuadé de bout en bout qu'il s'agissait d'une parodie...




Ayant repris mes esprits, je me suis rendu compte que je venais de faire une découverte assez embêtante pour moi...

Je venais certes de comprendre pourquoi j'étais un des seuls spectateurs à rigoler — les autres avaient bien évidemment lu le programme ou des critiques et savaient de quoi il en retournait — mais se posait la question du discernement : en suis-je doté ?

Parce que bon, j'ai quand même visionné un film documentaire une heure et demie durant en croyant que c'était un pastiche...

(A ma décharge : le générique de début ne précisait pas qu'il s'agissait d'un documentaire, ou alors ça m'a echappé)



Puis vient l'incontournable question ô combien psycho-philosophique à la mord-moi le noeud (c'est une image, pas une supplique) :

Si j'avais su, aurais-je réagi de la même façon ?

Ne sachant quoi répondre... J'invoque les mânes de Koulechov !



Du coup le film devient flippant à plus d'un titre.

La gazette du cinoche, avec leur inimitable cheminement de pensée, a d'abord présenté le réalisateur comme un « spécialiste des reportages lourds », genre traite des blanches ou traffic d'armes, puis s'est indigné de voir que le malfrat avait particulièrement bien integré les « codes » des gangsters façon cinoche à la Scorcese ou Tarantino et en jouait devant la caméra du réalisateur. Pour finir, le lecteur a eu droit à l'indispensable couplet gauchisant sur la déliquescence de notre société ah mon bon monsieur ! 

Bon, je sais bien que ce cinoche doit bouffer à tous les rateliers pour attirer le client, mais être cinoche d'Art et d'Essai, diffuser entre autres des films de Scorcese, Coppola ou Tarantino puis venir déplorer que quelqu'un — comme par exemple le malfrat Noonan — en ait pris de la graine...


C'est également flippant par le fait que Dominic Noonan, fort de son expérience de bandit, est devenu chef d'entreprise spécialisée en... sécurité !

Il étend paisiblement son influence, allant jusqu'à ouvrir dans son quartier un « commissariat de police / bureau de poste avec coffres de dépôt », puisque le quartier a depuis longtemps été déserté par la police britannique...

On assiste alors à une très courtoise visite du chantier au cours de laquelle le malfrat présente l'agencement des lieux et détaille son projet.

(Un malfrat qui ouvre un commissariat... Vous comprenez pourquoi je croyais qu'il s'agissait d'un film parodique ?)

En attendant l'ouverture de son commissariat, Noonan joue les médiateurs et juges de paix dans le quartier (le documentaire le montre d'ailleurs à l'œuvre, résolvant des conflits de voisinage, mais c'est amené d'une telle façon, les commentaires du réalisateur, en voix-off, sa « couleur tonale » sont tellement en décalage qu'on croit que c'est un gag)

Autre source de perplexité : pour tourner son documentaire le réalisateur a cotoyé le malfrat durant trois ans ( « embedded » comme on dit depuis la guerre du Golfe ), il est présenté comme « aguerri aux techniques d'infiltration et d'immersion en milieu hostile »

(Pas moins. Mais cette citation est tirée de la gazette du cinoche, dont on sait que leurs auteurs ont particulièrement bien intégré les codes littéraires genre « roman de gare »)

Mais voilà, malgré ses trois ans de matériau de premier ordre, le réalisateur n'arrive à pondre qu'un docu dont la forme frôle avec un exercice de style qu'un étudiant en première année de journalisme refuserait de faire, et que des spectateurs (mal informés) ont pris pour une parodie...

Oups ! Je sens que ça glisse vers le débat oiseux « Une œuvre se suffit-elle à elle-même ou doit-elle être expliquée et son contexte situé ? »

Bon, ben je garde les débats oiseux pour une autre fois !


Parlons sexe maintenant.

(Ce billet commence à s'éterniser, il faut relancer votre attention, je vais taire les scènes se déroulant aux portes des tribunaux — qui valent pourtant le déplacement — et je vais parler de sexe )


Noonan et les femmes.

Punaise le veinard ! Un caïd de la pègre ça doit avoir toutes les femmes qu'il veut, non ?

Eh bien...



















Tenez-vous bien...

























Non, il n'est pas marié,































Non, il n'est pas chaste non plus.



























En fait...





































Noonan est gay ! Oui !

On l'apprend dans le docu : il est devenu gay.

Là encore ça m'a fait rigoler. Pas le fait qu'il soit gay — je le suis moi-même à mi-temps d'ailleurs— mais la façon dont le journaliste a amené le sujet : sans crier gare, sans que rien dans les scènes précédentes n'amène le sujet, fut-ce imperceptiblement, il balance sa question tout à trac : « Dis-moi Dominic, quand est-ce que tu es devenu gay ? »

Et là le spectateur non britannique est estomaqué : oser demander à un caïd de la pègre s'il est pédé...

Bon, ben, Noonan a répondu très simplement que oui, il était devenu gay.

(Ce qui prouve au passage que les scandaleuses remarques d'une ex-Premier ministre française n'étaient pas dénuées de fondement. Hum ! )

Il est devenu gay à la suite d'abus sexuels et aujourd'hui c'est lui qui choisit sa garde rapprochée. D'ailleurs le jeune garde du corps, là, qui se cache de la caméra, il l'a choisi tout en l'ayant fait passer dans son lit, précise-t-il avec un sourire amusé...

Et le spectateur de se demander si c'est du lard ou du cochon...





Après quelques nuits de sommeil, au cours desquelles je n'ai d'ailleurs rencontré aucune mâne de Koulechov, j'en suis arrivé à un terrible constat :

- j'ai du mal à lâcher des comms à tire-larigot sur les (rares) blogs que je visite, ce qui me coupe d'une grande partie du corps social,

- les films de fiction aux femmes stériles me mettent en rage alors que, dans les lectures faites de-ci de-là, ils sont qualifiés « d'œuvres magistrales »... Ça me coupe donc d'un autre bout du corps social,

- je confond documentaires périlleux et galéjades de télés locales. Là il ne reste plus le moindre bout de corps social auquel me rattacher :-(




Aux dernières nouvelles Noonan a pris pour environ 4 ans de prison (qui s'ajoutent aux 22 ans qu'il a déjà passé derrière les barreaux. Il a 37 ans).

Mais bon, des malfrats de ce style c'est comme des Mozart en musique : il ne s'en lève pas un chaque matin.

Ouf ! La société peut dormir tranquille ma bonne dame !

13 septembre 2008

Le film de la semaine à éviter s'intitule «Les fils de l'homme»

Dans la série « Les films à éviter cette semaine » est nominé à l'unanimité : « Les fils de l'homme »

Le prospectus de mon cinéma habituel le décrit comme un excellent film de science-fiction et « c'est rare, très rare. Suffisamment pour [qu'ils] le reprogramme » ajoute-il.

Wouaouw ! C'est donc pour ça et pas parce qu'il y aurait une case à boucher dans le programme estival et que le film serait loué sans minimum garanti ?

Parce que ce film.... Comme daube monumentale !... Même dans ce cinéma qui se pique de programmer des films « Art et Essai », j'en ai rarement vu des semblables...

Mais bon, je n'ai qu'à m'en prendre qu'à moi-même : je ne lis jamais leur programme puisque, par définition, un prospectus édité par un commerçant décrie rarement les produits qu'il vend.

Dans celui de ce ciné, les films sont si outrageusement loués que je n'y crois plus. On se fie plutôt à l'étiquette « Art et Essai » en se disant que, étiquettage oblige, ça ne peut pas forcément être mauvais.

(Un peu comme quand on achète un système d'exploitation à fenêtres, ça peut pas être mauvais puisque c'est produit par la plus grosse boite de logiciels du monde)

Si j'avais lu le programme j'aurais appris que le film est tiré d'un roman de P.D. James. Déjà ça m'aurait calmé.

Si j'avais lu davantage, j'aurais appris que l'histoire se déroule en Grande-Bretagne, en 2027, 18 ans après que toutes les femmes de la planète soient devenues stériles.

(en fait je ne lis jamais les dossiers de presse des films, je vais au cinoche avec l'innocence et la candeur du petit agneau mené à l'abattoir)

Histoire d'expliquer cette stérilité aussi étrange qu'invraisemblable le programme lâche quelques indices en vrac pour nous mettre sur la voie : l'homme a épuisé toutes les ressources de la planète, du coup c'est pollution, nihilisme et violence à tous les étages.

(Ah ! Ah ! On vous l'avait bien dit que ça vous pendait au nez bande de fanfarons du tuning et du 4x4 ! )

A tel point que l'humanité entière veut se réfugier en Grande-Bretagne, seul pays épargné, paradoxalement grâce à un régime totalitaire qui ne fait pas dans la dentelle.

(Tiens ? Pourquoi la Grande-Bretagne ? Pourquoi pas l'Islande ou la Nouvelle-Zélande ? Ce sont des aussi des îles, non ? )

Et c'est dans ce contexte somme toute pas rose que naît... Euh ! Pardon ! Elles sont toutes stériles ! Qu'est-ce que je suis bête !

Et c'est dans ce contexte somme toute pas rose que surgit Julian (c'est une femme), militante d'un « groupuscule extrémiste clandestin »

(matez le poncif : si c'est « groupuscule » c'est forcément « extrémiste », si c'est « extrémiste » c'est par conséquent « clandestin »)

pour charger Theo, un de ses ex devenu bureaucrate blasé, d'une périlleuse mission : convoyer une jeune réfugiée vers un réseau de sauvegarde de l'humanité... (Les désormais célèbres « Human Project' Boys ! »)

Mais, nous chuchote enfin le prospectus, cette réfugiée n'est pas une réfugiée ordinaire et Theo ne le sait pas...

Ouh dis-donc ! Le programme nous dit que toutes les femmes sont stériles, puis nous dit qu'une jeune femme pas ordinaire doit être amenée vers un réseau de sauvetage de l'humanité...

Eh bé dis-donc ! Je me demande bien ce qu'elle cache celle-là !

Et c'est pourtant sans me douter de quoi que ce soit que je suis allé voir cet « excellent » film de science-fiction...

Eh ben j'aurais mieux fait d'aller draguer à midi en plein désert, c'eût été plus profitable.

Alors, histoire de s'poiler, la réfugiée... (accrochez-vous à votre clavier)  Elle attend... Elle attend...






Un bébé !

Mais dans l'esprit de la très britannique P.D. James, la Grande-Bretagne de 2027 est devenu un pays cent mille fois plus sécurisé qu'un check-point de Naplouse ou de Berlin-ouest. C'est-y pas facile d'y transporter la future maman jusqu'à un point de contact.

Surtout que, pour ce faire, ils doivent transiter par un camp de réfugiés pas piqué des vers.

(Oui, pour quitter le pays ils doivent passer par le lieu où tout le monde passe dans l'espoir de rentrer dans le pays. La métaphore est belle, n'est-ce pas ? Manque plus que le couplet sur la réincarnation)

Et qu'on a droit à des scènes d'émeutes, des scènes d'enlèvement, des scènes d'exécutions sommaires, des scènes de réunions de militants aussi bornés qu'extrémistes

(ces dernières n'apprendront rien à ceux qui ont vu « La vie de Brian » ou ont milité chez les Verts)

des scènes de ratiboisage de camps de réfugiés par les chars britanniques qui nous font aimer nos centres de rétention, jusqu'à...

Image finale du film...

Image apaisante, mais non dénuée de suspens, dans laquelle une frêle embarcation mène, dans le brouillard, nos deux compères jusqu'à une balise maritime qui sera le point de contact.

Hélas, au cours des différentes scènes d'action pure qui rythment le film, Theo s'est pris quelques balles plus ou moins perdues. Et il est faible. Et il a perdu du sang. Et il a un pansement de fortune (les scénaristes d'Urgences bossaient dans le studio à côté).

Il peine à ramer vers la balise.

Va-t-il y arriver ?

Dans la brume apparaît un bateau de pêche...

Mais...

Mais qui ?...

Mais qui est-ce ?...


OUI ! ! !

Ce sont les « Human Boys Project » ! Modernes Rois mages qui accourent vers le petit Moïse sauvé des eaux...

(Ne cherchez plus de vraisemblance, on n'est plus à ça près. Et d'ailleurs P.D. James a écrit « Le fils de l'homme » à 73 ans, alors bon)

Et c'est à cet instant précis, à deux doigts du dénouement et du générique final que Théo se décide enfin à perdre connaissance... La jeune maman lui criant de tenir bon (car elle, elle ne peut pas ramer, elle a son gniard dans les bras)...

(oui, elle l'a mis au monde dans le camp de réfugiés, entre deux salves de mitraillette et quatre explosions de grenades)

Le suspens est terrible !

Le bateau de pêche va-t-il apercevoir le frêle esquif perdu dans la brume ?

Le héros va-t-il reprendre ses esprits pour toucher son cachet ?

Ma visiteuse de lundi à 16h02 va-t-elle revenir sur mon profil ?

Eh bien le film se terminera là-dessus...

Punaise ! Deux heures et 3,50 euros de perdus ! :-(

_

18 août 2008

Le film de la semaine à éviter s'intitule «Old Joy»

Le film de la semaine à éviter s'intitule « Old joy »

Quoique... Tempérons un peu cette lapidaire recommandation.

«Old joy » est une film nord-américain, tourné en Orégon (qui est un Etat des Etats-Unis d'Amérique ), ce qui signifie que la presse est unanime pour nous vanter la beauté des paysages.

« Old joy » pourrait se traduire littéralement par « vieille joie », ne pas confondre avec « vieille fille de joie » les Etats-Unis d'Amérique ayant été fondés par des puritains, il ne manquerait plus qu'on y parle de filles de joie !

Que raconte « Old joy » ?

Rien.

Absolument rien.

Mais alors strictement rien !







Euh...

En fait...

Si...

Quand même deux-trois trucs...

Mais si peu...

On assiste par exemple à la conversation des trois personnages principaux : Mark, Kurt et Tania (la femme de Mark) qui, au tout début du film, se sert un verre solitaire.

Et que se racontent-ils ces trois-là ?

Ben...

Pas grand chose en fait :

Kurt passe un coup de fil à Mark, à l'improviste, pour l'inviter à une marche en pleine nature, direction les sources chaudes de Bagby.

Mark hésite, en parle à sa femme, lui propose de se joindre à eux alors qu'il sait bien qu'étant enceinte jusqu'au cou elle ne pourrait pas y aller, puis finalement il accepte l'invitation de Kurt, un peu marri parce que, dans la discussion avec sa femme, elle a mis en lumière le fait qu'en hésitant il ne faisait rien d'autre qu'à chercher son autorisation à elle, au lieu de prendre sa décision tout seul comme un grand.

Eh oui... Elles sont comme ça les femmes. Elles ont un sixième sens, elles comprennent tout d'avance, sans qu'on ait besoin de leur expliquer. D'ailleurs, si elles n'existaient pas les femmes, elles s'inventeraient toutes seules.











« Ah bon ? C'est tout ? »

« T'as payé 3.50 euros pour aller voir ça ? Punaise mais t'es con ! T'en as autant gratos dans toutes les pages de la blogosphère ! »

Mais non c'est pas tout, bande de nazes !

Bien que ça fasse déjà la première partie du film.


La deuxième partie du film c'est Mark qui fait le trajet en bagnole, de chez lui jusqu'aux sources chaudes de Bagby.

Peu de dialogues, si ce n'est l'auto-radio de Mark qui diffuse une émission de talk-show sans les images, grâce à laquelle le spectateur français en apprendra un paquet sur les coulisses de la politique intérieure nord-américaine (et franchement, vu d'ici, c'est aussi passionnant qu'une raffarinade d'après-Pentecôte).

On voit donc Mark aller chercher son pote Kurt tout en écoutant la radio, on voit Mark garer sa bagnole devant la maison de son pote Kurt, on voit Mark franchir la petite allée typiquement nord-américaine qui mène vers la porte d'entrée de la maison de son pote Kurt, on voit Mark frapper à la porte de la maison de son pote Kurt, on voit Mark attendre une réponse qui ne vient pas, on voit Mark frapper à nouveau à la porte de la maison de son pote Kurt puis, comme son pote Kurt n'ouvre toujours pas, Mark comprend qu'il n'est pas là à se décide à attendre son retour à l'extérieur.

Long plan fixe sur Mark assis sous la varangue.

(Il est chiant hein, le paragraphe précédent ? Ouais ben moi je me suis farci le film en entier ! Là c'est un cadeau que je vous fais !)

Et c'est alors, pendant le plan fixe sur Mark qui attend son pote Kurt, le visage à moitié caché par une balustrade jaune (ou bleue, j'sais plus, on s'en fout de toutes façons) qu'apparaît à l'écran une chose qu'on n'attendait plus, une chose qu'on n'espérait plus, on chose dont on s'est dit en la voyant « Ah oui tiens ! On l'avait pas encore vu ! »

Kurt ?

















Non !


















... Je vous le donne en mille !























Le titre du film !

« Old Joy »...

Yeah ! On sent que ça va démarrer sur les chapeaux de roue...

Peu après le titre, Kurt fait son apparition.

Ah ! Enfin une nouvelle tête, un peu d'action, pour un peu je me serais cru dans la rétrospective « Ingmar Bergman et l'épilepsie, un espoir pour les malades ».

Les deux compères chargent la bagnole de Mark de tous les ustensiles qu'un nord-américain, même écolo, croit indispensable à une rando d'une demi-journée + une nuit et font la route.


On aborde alors la troisième partie du film, tout aussi palpitante, où Kurt et Mark tentent une conversation, qui reste assez décousue malgré leurs efforts.

Diable ! Mais qu'est-ce qu'ils ont ? Ils partent en rando dans un coin super chouette et non seulement ils savent pas quoi se dire mais en plus ils se tirent presque la tronche...

Et que Mark raconte que son père est parti de la maison à 60 (ou 70) ans parce qu'il ne supportait plus son mariage... Et qu'après on lui a découvert des caillots de sang dans le cerveau...

Et Kurt de dire qu'on l'aurait embauché comme chef dans une communauté à Pétaouchnok-les-bains et qu'il en est revenu transfiguré...

Et patati...

Et patata...

Ils essaient mais ils ont du mal.


Vous avez raison, pas mieux qu'un blog.




Avec toutes ces choses passionnantes à se raconter ils arrivent à louper le chemin forestier qui mène au sentier des sources...

Ah c'est malin ! La nuit tombe et il va falloir camper n'importe où.

Devinette : quels sont les coins en bord de route où l'on peut camper ?

Réponse : dans ceux qui ne sont pas trop près de la route - pour éviter d'être dérangés - mais pas trop loin non plus car on n'a pas que ça à foutre à rouler dans la gadoue. Bordel !

Bref : dans les coins qui servent de décharge sauvage aux indélicats qui ont la flemme d'appeler les encombrants ou de pousser jusqu'à la déchetterie.

Nos deux lascars pris par la nuit campent donc au milieu d'un champ de détritus non périssables.

C'est évidemment éminemment symbolique : retour à la nature contrarié à cause des résidus de la civilisation, etc, faut vraiment être de la génération SMS pour pas comprendre (et encore...).

Mais ça ne les empêche pas de faire un feu de bois avec les bûches achetées au supermarché (oui, des bûches emballées achetées au supermarché... des américains écolos je vous dis), de s'affaler sur un canapé qui traînait par là, de se livrer à ces jeux d'adultes genre « confidences de Kurt à Mark » ou « tir au pistolet à air comprimé sur les canettes de bière vides », bref une soirée très Baden Powell barely legal, tout va bien, ce n'est pas une resucée de Brokeback Mountain mais ils ont quand même l'air de ne pas y croire.

Après une nuit noire - que la réalisatrice n'a heureusement pas osé nous filmer dans son intégralité - nous sommes gratifiés d'un petit matin « réveil, pliage de tente et de sac de couchage, ramassage d'objets métalliques avec bruit de plastique froissé », on sent que la réalisatrice a voulu rendre là tout le climat de la nouvelle de Jonathan Raymond, dont le film est tiré, et que le bruiteur était à court d'arguments.

Mais nos deux compères ne pipent pas mot pour autant.

(Moi je m'en fous, je me suis déjà tapé « Paris, Texas » de Win Wenders, pensez bien que ces deux loustics n'auront pas raison de ma patience)


Nous allons aborder la quatrième partie du film : la randonné jusqu'au sources chaudes, au cours de laquelle une oreille attentive et un cerveau non assoupi glaneront quelques clés du film.

Cette partie est aussi celle qui a été la plus survendue dans la presse (à cause des soi-disant paysages magnifiques, en fait rien d'autre que des sous-bois d'une banalité affligeante mais qui doivent paraître très beaux à ceux qui sont rarement allés au delà du périph').

Nos deux compères, accompagnés de Lucy (la chienne de Mark) s'élancent dans la forêt.

Et comme lors du trajet en bagnole, ça tente de meubler le silence.

Et que Mark raconte ce qu'il a fait pour la « communauté », et qu'au détour d'une phrase on l'entend dire « « Il est loin le temps de nos seize ans, hein ? » (alors qu'ils en ont  les deux facilement plus du double), et que ça continue à papoter, et que Kurt répond je ne sais plus quoi, etc.

Bref une belle ballade pleine d'émotion contenue, mais je coupe au montage.

Nous voici arrivés aux fontaines chaudes, l'endroit est chouette c'est vrai, vous pourrez en trouver des photos grâce à Gogol images et les mots-clés « bagby springs ».

Nos deux anti-héros s'occupent alors des préparatifs du bain.

(Aller chercher des seaux d'eau froide, revenir vers les baignoires, vider les seaux, repartir chercher de l'eau froide, revenir vers les baignoires, vider les seaux, repartir chercher de l'eau froide, revenir, vider les seaux dans les baignoires, poser les seaux, se déshabiller, se mettre à l'eau, boire quelques canettes de bière, sortir de l'eau, remettre son short, commencer à raconter un rêve...

Tout ça filmé plan par plan comme je vous le raconte. Ouais ouais, je sais, il y a des passages parfois un peu ennuyeux mais tout le monde ne sait pas planter une atmosphère en économisant les plans)

Donc voici Mark et Kurt qui barbotent dans les baignoires taillées dans la masse de troncs d'arbres, Kurt raconte alors un rêve et lâche enfin la phrase qui donne son titre au film : « sorrow is nothing but an old joy », ce qui pourrait se traduire par « la tristesse n'est rien d'autre qu'une joie passée ».

Gros plan sur Mark, long plan fixe sur son visage un tantinet préoccupé, et là... Par la grâce d'un sursaut de paupière, à peine perceptible mais d'une intensité inouïe - dans la plus pure tradition de l'Actor's Studio - nous comprenons enfin que Mark et Kurt ne s'étaient pas vus depuis leur adolescence...

« Tout ça pour ça ? ! » direz-vous comme l'aurait dit feu Claude Lellouche.

Alors c'est pour ça que Mark hésitait à accepter l'invitation de Kurt ?...

C'est pour ça qu'ils avaient du mal à alimenter une conversation ?...

C'est pour ça qu'ils avaient l'air patauds quand ils tiraient au pistolet à air comprimé, le soir au milieu de la décharge sauvage ?...

Ils ne s'étaient pas vus depuis leur adolescence ? !

Punaise ! Mais faites comme à l'opéra ! Distribuez des livrets à l'entrée, qu'on puisse suivre, mince !

La clé du film ayant été révélée, le reste n'a alors plus d'importance et la réalisatrice plie le retour à la civilisation en quelques séquences, dont une presqu'interminable se déroulant en voiture, caméra filmant le chemin du retour par la fenêtre, de nuit.

Et ceux qui resteront jusqu'à la fin du générique apprendront, juste avant l'apparition des logos des labos et des équipementiers, que les sources chaudes de Bagby n'admettent pas la nudité et les boissons alcoolisés...

Ya pas à dire, après cette bucolique ballade, la réalisatrice sait comment nous remettre de plein pied dans la réalité...

(Oui, j'ai oublié de vous le dire, mais Mark et Kurt se sont baignés tout tout nus, des zézettes très ordinaires au demeurant)


« Old Joy » a été présenté comme un road-movie sensuel et initiatique.

« Road movie » c'est incontestable, on en viendrait presque à souhaiter la disparition du pétrole pour être libéré de ce genre de plaies !

« Sensuel »... Hum ! A part la séquence « baignade à poil dans des troncs d'arbres », bof ! Les photos des lieux que vous trouverez sur Internet vous feront envie, mais dans le film... Aïe aïe aïe !

« Initiatique » ? Ah ouais ! Là on est en plein dedans. Un bémol quand même : ce film semble avoir été taillé sur mesure pour les trentenaires entre deux eaux, ceux qui se nourrissent de films et lectures tous aussi philosophico-psychologiques les uns que les autres, et qui savent nous en enchanter avec leurs mots à eux, si proches de ceux attribués à Jean-Claude Van Damme.

En faisant des recherches sur ce film je suis tombé sur sa bande-annonce. Habituellement je les exècre mais celle de « Old joy » est d'une redoutable efficacité : en 1mn 25 vous avez la totalité du film, pas la peine d'en faire plus.

Les gens pressés apprécieront.

« Accueil  1