06 septembre 2009
La croisière du hachich
« Le trépang est une holothurie grosse comme un poignet d'enfant, longue de quinze à vingt centimètres. C'est un gros ver rond et mollasse de couleur brunâtre. Quand on le malaxe légèrement avec la main, il durcit, devient plus gros - sensation assez étrange - puis, si l'on insiste, il se raidit dans une sorte de spasme et lance un jet d'eau par une de ses extrémités. Aussitôt après il redevient mou et flasque...
Cette étrange manière de manifester ses sentiments a valu à l'animal le nom viril de Zob el-Bahar, ce qui, en arabe, où le langage est toujours imagé, est un nom très suggestif. »
Henry de Monfreid, « La croisière du hachich », éditions Grasset.
05 mars 2009
Abdi, l'homme à la main coupée
« Laskoraï est un petit village de huttes groupées autour d'une bâtisse carrée, vaguement crénelée, et dont la cour intérieure sert de caravansérail, entrepôt de douane où le sultan local médite en somnolant, boit du kécher, mange du kat, fume la médéha, et rend la justice ; en un mot, là se concentre toute la vie administrative, c'est l'officine où s'élabore le prélèvement fiscal sur tout ce qui prétend bouger, vivre, se vendre ou s'acheter ; tyrannie nécessaire à l'existence parasitaire de ces minuscules féodalités qui morcellent les territoires barbares où nous imaginons naïvement la vie simple, facile, en un mot l'âge d'or avec toutes les libertés primitives.
Autour de cette bâtisse où il y quelques hommes armés, les huttes se serrent comme pour se mettre sous la protection des vieux fusils et des deux pierriers rouillés qui ornent le portail. Cet appareil militaire justifie naturellement le poids toujours croissant des impôts en nature et en argent. Plus tard, en Europe moderne et humanitaire, on a inventé le Désarmement, qui fut comparable à l'élagage des arbres, pour donner une vigueur nouvelle aux instincts belliqueux. »
Henry de Monfreid
« Abdi, l'homme à la main coupée », 1937
Editions Bernard Grasset